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Projet album Croix-Rouge

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Les étudiants en Illustration de l’ÉSAVL-ARBAL

éditent un album d’illustrations

à partir de témoignages de réfugiés rencontrés

et ce, avec la collaboration du Centre d’accueil

 de demandeurs d’asile de la Croix-Rouge d’Ans

Présentation

Avec la collaboration de la Croix-Rouge de Belgique, le Centre d’Accueil d’Ans pour demandeurs d’asile (Liège), et les services culturels de la Province de Liège, des étudiants de l’atelier d’Illustration de l’ÉSAVL-ARBAL, encadrés par Virginie Pfeiffer, enseignante dans cet atelier, ont illustré les récits de vie de demandeurs d’asile de la Croix-Rouge. Ce projet inédit a abouti ainsi à un album intitulé Je n’ai jamais imaginé être un réfugié.
Cette collaboration entre demandeurs d’asile et étudiants a été une aventure humaine qui a permis aux étudiants de mieux comprendre les enjeux citoyens de ce problème crucial de société, et de dépasser ainsi les peurs et préjugés.
L’album a été dévoilé ce mercredi 28 septembre 2016, dans le cadre de l’exposition Homo migratus, située à l’intérieur du site du Musée de la Vie Wallonne, en compagnie de demandeurs d’asile et des étudiants ayant participé à l’aventure.
L’album sera diffusé à 5 000 exemplaires. En outre, accompagné d’un dossier complémentaire, il servira comme outils pédagogiques dans l’accueil de nouveaux demandeurs d’asile de la Croix-Rouge de Belgique.

Plus d’informations :
- Page de présentation du projet sur le site de la Croix-Rouge de Belgique
- Article  La Croix-Rouge a dévoilé une nouvelle BD sur le thème des demandeurs d’asile avec interview de Virginie Pfeiffe, site Bruzz
-
 Page de présentation d’Homo migratus sur le site du Musée de la Vie Wallonne

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Description du projet

Le projet Je n’ai jamais imaginé être un réfugié est né de l’envie de faire découvrir différents parcours migratoires par le biais des personnes elles-mêmes plutôt qu’à travers le prisme des médias. C’est en octobre 2014 que l’aventure a commencé au Centre d’accueil de demandeurs d’asile de la Croix-Rouge d’Ans (Liège) avec Moussa, Meron, Bachar, Jamal, Valeria et Walid, venus des quatre coins du monde. Ateliers d’écriture, partage de textes et d’émotions, au fil des semaines les histoires de vie se dévoilent. Des expériences d’où émanent la force et la résilience de ces personnes aux passés si différents, se trouvant à présent réunies dans ce lieu commun qu’est le centre d’accueil. Le Centre, avec sa monotonie, son peu de place laissée à l’autonomie individuelle et où, au stress du départ et du trajet jusqu’en Belgique, s’ajoute celui de l’attente de la procédure de demande d’asile.

Suite à un appel à projets pour l’illustration de ces textes, des étudiants de l’ÉSAVL-ARBAL, touchés par ces histoires et par leur rencontre avec les demandeurs d’asile, ont décidé de relever le défi.

L’initiative de créer ensemble un livre a émané des étudiants eux-mêmes, ainsi que la demande de revenir rendre visite aux résidents du Centre d’Ans afin d’échanger autour de leurs dessins. Moments sincères, forts et émouvants d’échanges humains, balayant certaines idées reçues.

Le projet a par la suite pris deux formes distinctes : celle de courtes vidéos narratives sur chacun des six participants, qui seront projetées à l’intérieur d’une caravane itinérante ; et celle de l’album ici présenté. Ni victimes, ni héros, simplement des gens comme vous et moi – Je n’ai jamais imaginé être un réfugié rappelle qu’être « demandeur d’asile » n’est pas une identité en soi, mais plutôt une situation qui pourrait arriver à chacun d’entre nous.

Gaëlle Berthelot et Séverine Wodon
Collaboratrices au Centre d’accueil de demandeurs d’asile de la Croix-Rouge d’Ans

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Notre rencontre avec les résidents et les intervenants sociaux du Centre a été un moment extraordinaire. Séverine et Gaëlle nous ont longuement expliqué le parcours des demandeurs d’asile en Belgique, les conditions d’accueil, leur vécu en tant qu’accompagnatrices de ces personnes en exil. Bachar, demandeur d’asile syrien, était aussi présent ce jour-là. Sa présence a bouleversé les étudiants : ils se retrouvaient devant une personne, en chair et en os, qui parlait de son chemin de vie avec générosité, pudeur et sagesse.

Progressivement, le projet s’est étoffé. Les quinze étudiants, voulant réaliser une grande narration, ont eu l’idée d’illustrer chacun un passage différent des textes, tout en s’accordant sur leurs langages graphiques pour obtenir un livre cohérent. Lors d’une seconde visite au centre d’accueil, ils ont pu échanger avec les résidents autour de leurs dessins – moments intenses et forts, dont ils sont sortis touchés, prenant conscience de l’impact que pouvaient avoir leurs illustrations.

Les étudiants avaient dessiné comme je ne les avais encore jamais vu faire, avec encore plus de générosité et d’enthousiasme que d’habitude. Et avec beaucoup de respect aussi, n’osant pas, au début, se risquer à interpréter créativement les textes des réfugiés, par peur de « trahir » leurs propos. Mais ils ont réussi avec force et originalité à illustrer les chemins de vie de ces personnes. Cette expérience aura été pour eux un enseignement qui dépasse de beaucoup le cadre des études d’illustrateur – une leçon de vie.

Virginie Pfeiffer
Porteuse du projet et enseignante
en Illustration à l’ÉSAVL-ARBAL

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Démarche du projet

Démarche du projet
(Discours prononcé pour le lancement du livre « Je n’ai jamais imaginé être un réfugié » au Musée de la Vie Wallonne, Liège, le 28 septembre 2016)

Il y a deux ans de cela, avant que les médias ne mettent en valeur la problématique des migrants, Gaëlle m’envoyait les textes de Bachar, Valéria, Moussa, Méron, Jamal et Walid. Une proposition était faite aux étudiants de l’atelier d’Illustration de l’ÉSAVL-ARBAL de dessiner à partir des écrits des résidents du centre de la Croix-Rouge d’Ans (Liège).
J’ai été très touchée par les récits de vie de ces six personnes. En tant que pédagogue, je me suis dit que c’était là une formidable occasion qui se présentait pour éveiller certaines consciences, transmettre la notion de citoyenneté et stimuler des futurs illustratrices et illustrateurs à l’engagement.
En effet, il tient à cœur à l’ÉSAVL-ARBAL de former des jeunes artistes aux positionnements affirmés mais également des citoyens, créateurs actifs pour la société actuelle et pour celle de demain.
C’est donc avec enthousiasme que j’ai partagé le projet aux étudiants.
Nous sommes allés à la rencontre des résidents et des intervenants sociaux au centre de la Croix-Rouge.
Ce fut un moment extraordinaire. Nous avons été chaleureusement accueillis par Séverine et Gaëlle qui nous ont longuement expliqué ce que signifiait être réfugié, quel parcours administratif devaient effectuer les demandeurs d’asile en Belgique, et quelles étaient leurs conditions d’accueil. Elles nous ont aussi raconté des bouts de leur vécu en tant qu’accompagnatrices de toutes ces personnes en exil, les vies qu’elles ont pu écouter, soutenir et aider.
Bachar, réfugié syrien, était présent ce jour-là. Sa présence a bouleversé tout le monde.
En effet, les étudiants n’étaient plus devant des paroles écrites sur du papier mais devant une personne, en chair et en os, qui parlait avec pudeur et sagesse de son chemin de vie, et répondant avec générosité à leurs questions.
Je remercie Bachar car ses propos ont été le déclencheur pour beaucoup d’étudiants, d’une prise de conscience entraînant avec elle l’explosion d’une multitude de clichés et de préjugés négatifs entourant trop souvent les personnes migrantes.
Suite à cette rencontre, le projet s’est étoffé, prenant des libertés par rapport à la proposition initiale de faire quelques illustrations à afficher dans une caravane destinée à se déplacer en Belgique et diffusant les textes des réfugiés, enregistrés sur une bande son.
Les quinze étudiants étaient enthousiastes à l’idée de réaliser une grande narration commune. Ils ont donc proposé d’illustrer chacun un passage différent tout en essayant d’accorder leurs langages graphiques pour obtenir un résultat cohérent.

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En peu de temps, les étudiants ont créé comme je ne les avais encore jamais vu faire auparavant : nous quittions le scolaire pour vivre une expérience unique sur le plan artistique et humain.
Ils ont dessiné avec une générosité incroyable. Et beaucoup de respect aussi, n’osant pas au début, se risquer à interpréter les textes des résidents, se laisser aller librement à la création par peur de « trahir » les propos des réfugiés ou encore de ne pas être juste.
C’est aussi à la demande des étudiants que nous sommes retournés au Centre de la Croix-Rouge. Une matinée de dialogues a donc eu lieue avec les résidents autour des illustrations en cours de création. Ce moment fut intense et fort. Je vois encore les nombreux dessins, étalés sur les tables, le sol, remplissant tout une pièce. Résidents du Centre et étudiants en petits groupes, échangeant, discutant, se rencontrant.
Je me souviens de quelques-uns de ces échanges : un résident, pinceau en main, dessinant pour un étudiant la forme de sa maison soudanaise, des photos de vie que les résidents partageaient avec les étudiants, de cette femme érythréenne ne parlant pas le français, émue par ces illustrations qui racontaient son vécu et des étudiants tout aussi touchés dans le fait de constater que leurs dessins puissent être si puissants et provoqués autant d’émotions.
Il y a eu des paroles aussi, comme cette étudiante : « En fait, nous avons de la chance de vivre dans le pays que nous vivons. Ce qui est arrivé aux demandeurs d’asile pourrait aussi nous arriver s’il y avait la guerre, si nous n’étions plus en sécurité. »
C’est par respect pour le travail réalisé par toutes ces personnes que nous avons eu l’envie, Gaëlle et moi, de ne pas laisser dormir dans un tiroir ces témoignages, dessins et échanges.
L’idée est venue de faire un livre. Mais le casse-tête était de taille puisque nous avions environ 250 dessins avec nous. Qui accepterait de financer et publier un livre aussi volumineux ?
C’est alors que nous avons rencontré Jean-René Olivier (à l’époque responsable du Service sensibilisation) et Phillippe Brau (responsable du programme Page 1 et de l’Aide au secteur de la BD et de l’Illustration de la Province de Liège) et qui, touchés par l’expérience vécue entre résidents et étudiants et par la qualité des textes et des dessins, ont décidés de soutenir le projet d’un livre.
Gaëlle et moi souhaiterions tout d’abord remercier Bachar, Valéria, Moussa, Méron, Jamal, Walid et aussi les quinze étudiants. Sans vous, ce livre n’existerait pas.
Nous remercions également les acteurs de la Croix-Rouge et de la Province de liège pour avoir permis l’existence en 5 000 exemplaires de ce livre « Je n’ai jamais imaginé être un réfugié ».
Enfin, je terminerai juste mes propos en rappelant l’importance de rester ouvert à la rencontre à l’autre, à cet étranger si semblable que nous sommes tous les uns pour les autres.

Merci.

Virginie Pfeiffer
Porteuse du projet et
enseignante en Illustration à l’ÉSAVL-ARBAL

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Témoignages d’étudiantes et d’étudiants

« Ce que je retiens de nos rencontres avec les participants issus du centre ouvert de la Croix-Rouge, c’est que derrière un mot, que ce soit “immigré”, “migrant”, “réfugié”, on ne devrait pas en oublier un autre : “humain”. Et être humain, c’est aussi être touché. Touché par les récits de dangereux périples et d’épreuves surmontées, par le courage, l’humilité, la joie, la peur, par les regards, les souvenirs, par les larmes qui coulent face à des dessins, de simples dessins, en qui l’autre reconnaît son vécu, une part de sa vie, douloureuse, éprouvante, et s’en trouve bouleversé au point que sa pudeur ne puisse contenir l’émotion. Touché de constater ainsi, en vrai, en live, ce qu’un dessin, un simple dessin, peut receler d’impact.

Être humain, c’est aussi rencontrer. Rencontrer des réalités, se confronter à une généralité et, en découvrant les particularités qui y ont été regroupées, prendre conscience qu’il n’y a pas, ou finalement si peu, de différences entre celui qui vient et celui qui reçoit. Et que les différences qui existent apparaissent, après quelques échanges, comme surmontables, en mariant temps, patience et volonté.
Hors contexte, à distance, tout cela peut sembler tomber sous le sens de l’évidence. Et pourtant, il faudrait toujours se défier des évidences, pour se souvenir qu’au-delà, outre les clichés, l’autre, c’est nous aussi. Et ainsi essayer de ne jamais cesser de s’étonner et de prendre conscience des multiples diversités d’états qu’implique d’être humain en ce siècle. »

François Focant
Étudiant en 2e année en Option en Illustration, 2014-2015

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« Ce projet m’a fait beaucoup grandir. Ce fut une belle aventure humaine et je suis fier d’y avoir participé. »

Michaël Preudhomme
Étudiant en 2e année en Option en Illustration, 2014-2015

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« Avoir eu l’occasion de connaître ces réfugiés en personne et d’écouter leur histoire a été aussi choquant qu’enrichissant. Ce qui m’a le plus marqué a été de pouvoir parler avec un jeune homme de Jérusalem. Il m’a dit qu’il avait fait deux carrières et parlait plus de trois langues. Qu’une personne d’une telle valeur n’ait pas la possibilité de vivre de la même façon que nous m’a semblé très injuste. Cette conversation avec lui m’a ouvert les yeux.
Pour pouvoir dessiner au plus juste, j’ai essayé de demander comment étaient les villes dans lesquelles ces réfugiés vivaient auparavant. Ils m’ont montré de belles photos, mais aussi des images dramatiques. Européen, cela nous fait apprécier encore plus l’endroit où nous sommes nés. Nous sommes chanceux. L’homme dont je vous ai parlé plus haut, m’a montré la chambre où il vivait au centre et m’a décrit son quotidien, ses amis et ses goûts. Ces détails, je les ai inclus dans mes dessins ; la chambre pentagonale, les caisses où il gardait ses souvenirs, ses vêtements, son histoire…
J’ai remarqué dans cet homme une belle manière de voir la vie. J’ai retranscrit dans mes dessins sa façon de s’habiller (survêtement et sandales) mais aussi l’expression de ses mains. Celles-ci l’aident à s’exprimer plus profondément.
Étudiant Erasmus+ et donc étranger en Belgique, j’ai pu sentir plus intensément certaines choses, comme le simple fait d’être moi aussi loin de mon pays. Un des sujets que j’ai dessinés a été l’arrivée des migrants et la difficulté pour se faire comprendre dans une autre langue. Mon histoire est bien différente de celle de mon ami du centre de la Croix-Rouge, mais je découvrais dans nos échanges la même crainte d’être rejeté, le même sentiment d’être loin de ses amis, de sa famille, de son pays d’origine et de sa culture.
Ce projet m’a beaucoup fait réfléchir. Je suis fier d’avoir pu connaître ces personnes qui habitaient au centre, écouter leurs histoires et expériences. Découvrir notre humanité. J’ai rencontré des exemples de courage à suivre et cela m’a permis de regarder la vie autrement.
Je suis retourné dans mon pays, l’Espagne. Près d’un an après, je me souviens toujours de ce jour où j’ai rencontré cet homme palestinien. Je l’imagine en train de manger des frites, Place Saint-Lambert, après une journée de travail. C’est le dessin qui manque dans nos illustrations.
Merci. »

Rodrigo Terradillos Martin
Étudiant Erasmus+ en 2e année en Option en Illustration, 2014-2015

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« C’était très touchant, émouvant de rencontrer ces personnes, d’entendre leurs histoires.

Je trouve que c’est vraiment dur d’imaginer ce qu’ils ont vécu là-bas, car nous, nous n’avons jamais vécu cela. Nous avons un toit, à manger, nous allons à l’école, nous avons des loisirs, etc. Alors qu’eux n’ont plus rien. Obligés de vivre dans des Centres de refugiés où il n’y a que le strict nécessaire.

Ce que j’ai trouvé très bien dans le centre que nous avons visité, c’est que les responsables essayent de faire en sorte que les bâtiments ressemblent le moins possible à des prisons. Ils mettent des couleurs sur les murs, donnent des cours de français aux réfugiés pour les aider à communiquer et à s’intégrer, font des activités avec eux. Ce n’est pas peut-être pas grand-chose, mais cela fait passer un peu plus vite leurs interminables journées d’attente, à se demander s’ils vont obtenir ou pas le statut de réfugié leur permettant ainsi de rester en Belgique. »

Aurore Petit
Étudiante en 2e année en Option en Illustration, 2014-2015

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« C’était très touchant, émouvant de rencontrer ces personnes, d’entendre leurs histoires.

Je trouve que c’est vraiment dur d’imaginer ce qu’ils ont vécu là-bas, car nous, nous n’avons jamais vécu cela. Nous avons un toit, à manger, nous allons à l’école, nous avons des loisirs, etc. Alors qu’eux n’ont plus rien. Obligés de vivre dans des Centres de refugiés où il n’y a que le strict nécessaire.

Ce que j’ai trouvé très bien dans le centre que nous avons visité, c’est que les responsables essayent de faire en sorte que les bâtiments ressemblent le moins possible à des prisons. Ils mettent des couleurs sur les murs, donnent des cours de français aux réfugiés pour les aider à communiquer et à s’intégrer, font des activités avec eux. Ce n’est pas peut-être pas grand-chose, mais cela fait passer un peu plus vite leurs interminables journées d’attente, à se demander s’ils vont obtenir ou pas le statut de réfugié leur permettant ainsi de rester en Belgique. »

Aurore Petit
Étudiante en 2e année en Option en Illustration, 2014-2015

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