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Projet Hazinelle

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Les étudiants de l’ÉSAVL-ARBAL en Photograpphie

en exposition et en catalogue

autour d’Hazinelle

Présentation

Les étudiants de 1re Bachelier du cours de Photographie (2015-16) de l’ÉSAVL-ARBAL ont participé à l’exposition Hazinelle, une machine à enseigner. Ils y ont proposé leurs travaux photographiques à partir d’une étude architecturale sur cette école, Hazinelle (Liège),  se situant au centre de Liège. Ce bâti­ment, construit dans les années cin­quan­tes, pos­sède en effet de nom­breu­ses carac­té­ris­ti­ques visuel­les et très typées qui en font un bâti­ment hors-norme.
L’exposition a eu lieu entre octobre et novembre 2016 à l’école même.
Ce projet pédagogique a été ainsi réalisé dans le cadre du cours de Photographie – plus pré­ci­sé­ment : Tech­ni­ques et tech­no­lo­gies / pho­to­gra­phie, mais qui va bien au delà de l’apprentissage de tech­ni­ques, dont le professeur est Jean-Michel Sarlet, déjà à la base des projets pédagogiques Curtius Circus et BAL Masqué.
Les étu­diants sont Mar­gaux Blan­chart, Zoé Byloos, Noé­lia Curto, Hugo Guc­ciardo, Basile Kra­va­gna, Mathieu Lecerf, Lisa Lince, Tho­mas Man­cuso, Yoko Mar­tial et Nell Webert-Simon.
À présent, leurs photographies sont reprises dans le catalogue présentant les conclusions d’une étude universitaire architecturale du bâtiment de l’école, avec, comme texte d’accompagnement de ces photographies, la description du projet photographique par Jean-Miche Sarlet.
Édité cette année 2016, le catalogue de 112 pages, intitulé du nom de l’exposition, Hazi­nelle, un machine à ensei­gner, est édité par la Haute École de la Ville de Liège.
Et effec­ti­ve­ment, le titre de l’exposition et du catalogue l’y invi­tant, ce dis­po­si­tif péda­go­gi­que par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sant a per­mis aux étu­diants de déve­lop­per des com­pé­ten­ces peu com­mu­nes en dehors de ce type de pro­jet,  dont celle de conce­voir un pro­jet de A à Z. Mais aussi d’apprécier exis­ter, dans leurs per­son­na­li­tés et leurs sin­gu­la­ri­tés, au tra­vers d’une expo­si­ton et d’un cata­lo­gue, et ce plai­sir n’est pro­ba­ble­ment pas le moins des moin­dres.
À la suite de ces lignes, un extrait de l’ouvrage présentant le contexte, ensuite, le texte accom­pa­gnant les pho­to­gra­phies écrit par Jean-Michel Sar­let, puis quel­ques pho­to­gra­phies.

Contexte

« Durant l’année académique 2014-15, l’atelier de projets “XXe/reconversion” de la Faculté d’Architecture de l’Université de Liège s’est attaché à l’étude du bâtiment de l’École Hazinelle (Liège), donnant lieu à une exposition et un catalogue.
Cette démarche transversale (école et architecture) a pour objectifs de sensibiliser tous les utilisateurs (enseignants et élèves), les gestionnaires et les autorités de la Ville de Liège à la relation qui lie la politique de l’enseignement et l’architecture chargée de l’incarner ainsi que de focaliser l’attention sur ce patrimoine monumental ordinaire, esprits d’une époque, reflet d’une pensée sociétale, toujours aussi vitale aujourd’hui. »

« L’école Hazinelle, institution de forte densité située au cœur de la Ville historique sur l’ancienne île de la Cité [de Liège], est un bâtiment peu connu, mal perçu, voire inaperçu. Ce programme public nous engage, comme souvent, à considérer l’arrière-plan qui est à l’origine de sa formulation. Deux disciplines en couches croisées — enseignement (instruction) et lieu construit (architecture) — éclairent sur plus d’un siècle la présence de ce bâtiment et par la même indirectement, la forme du Liège contemporain et la formation de l’État belge. »

George-Éric Lantair
Architecte et enseignant à la Faculté
d’Architecture
 de l’Université de Liège

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Description du projet photographique

Hazinelle en couleurs

C’est au début de janvier 2016 que Georges-Éric Lantair m’a proposé d’inviter mes étudiants à participer au projet qu’il menait de concert avec Aloys Beguin, et leurs étudiants en architecture, sur le bâtiment de la Haute École de la Ville. Convaincu depuis longtemps de l’intérêt pédagogique de ce genre de collaboration, je décidai d’impliquer dans le projet les étudiants de 1e année de bachelier de l’Option Vidéographie.

Le principe était simple : faire visiter le bâtiment aux étudiants, le situer dans l’histoire de l’art et dans le paysage social des années 1960, et leur donner carte blanche. Puis, après sélection, montrer le résultat de cette investigation photographique dans l’exposition, avec les projets de rénovation des étudiants en architecture, ainsi que, dans la présente publication, sous la forme d’un chapitre spécifique constitué d’images seules, sans autre texte que cette brève présentation.

Cahier couleurs, nous avons rapidement pris l’habitude de nommer ainsi cette partie du projet. Cette expression familière appartient au langage des métiers du livre, éditeurs, graphistes et imprimeurs. Dans ce contexte, un cahier c’est une feuille dont les dimensions dépendent de la presse de l’imprimeur, pliée pour arriver au format de l’ouvrage. Souvent, les cahiers ont 16 pages, et nous avons décidé que ledit cahier contiendrait 32 images, ni plus ni moins, et toutes en couleurs. Parler de cahier couleurs signifie généralement que le reste de l’ouvrage sera monochrome. Ainsi l’expression familière un peu technique devenait aussi la règle du jeu sur le plan esthétique.

Les prises de vues ont commencé le 11 mars [2016]. Les dernières datent du mois de juillet. Deux séances de prise de vues se sont déroulées en groupe, la visite des sous-sols et celle des terrasses sur le toit. Les étudiants étaient libres de revenir n’importe quand dans les limites des heures d’ouverture du bâtiment (qui accueille aussi des cours du soir).

Ne retenir que 32 images sur les centaines qui ont été produites impliquait une sélection, qui s’est opérée en plusieurs étapes : d’abord les étudiants eux-mêmes, dans le cadre du cours de photographie, ont choisi dans leur production les images qu’ils souhaitaient présenter à l’évaluation de fin d’année. Ensuite Georges-Éric Lantair, Aloys Beguin et moi-même avons retenu 32 images, en essayant de sauvegarder la variété et l’originalité des points de vue, tout en donnant un aperçu intéressant de l’édifice. La place manque ici pour parler de tout ce qui a été photographié et pas toujours retenu : l’aspect fantastique de tant de photos prises dans les sous-sols, ou les graffitis innombrables (deux grands thèmes : la déclaration amoureuse et l’injure raciste, et tous les racismes sont représentés), ou les all over sur les textures des murs vieillissants, ou les graphismes des tags et ceux, moins prévisibles, dus aux tentatives d’effacement des tags, sans oublier les travaux de réparation ou de transformation, aux qualités picturales si évidentes dès lors qu’ils sont vus et cadrés dans un viseur d’appareil photo.

Mais ce cahier, j’y reviens, est couleurs dans un livre monochrome. Au début du projet, Georges-Éric Lantair et moi-même avions aussi envisagé l’option du noir et blanc. Celle-ci reste pertinente dans la photographie d’architecture. Non par nostalgie, mais parce qu’elle est souvent la meilleure solution pour rendre compte du “jeu savant, correct et magnifique des volumes sous la lumière”, comme disait Le Corbusier. Mais nous sommes ici dans une création de Jean Moutschen, qui n’ignorait rien du jeu des volumes, et y ajoutait des jeux chromatiques. Le rôle de la couleur est essentiel dans ce bâtiment. Certes on ne peut qu’imaginer ce que l’architecte avait voulu : des murs ont été repeints (certains récemment, d’autres il y a longtemps, et d’autres pas du tout, ils ont simplement vieilli), pas forcément dans les couleurs originelles. Mais l’architecte a utilisé abondamment, à l’extérieur comme à l’intérieur, la brique émaillée et les carrelages en céramique, dont les couleurs ont peu changé.

La sélection d’images laisse entrevoir les associations chromatiques privilégiées par Moutschen : jaune-orangé et jaune-vert, avec du beige, sont les plus fréquentes à l’intérieur. Il y a plusieurs nuances de vert. L’extérieur associe à nouveau le vert, mais une seule nuance, avec un ocre-jaune. Comme beaucoup de Liégeois, je connaissais “un peu” le bâtiment de Hazinelle, ce qui veut dire que je  ne l’avais jamais vraiment regardé. L’une des surprises les plus intéressantes, dans cette investigation photographique, est certainement la vue très spectaculaire, depuis la cour intérieure, des volumes monumentaux puissamment articulés, tous revêtus de la même brique émaillée verte, chatoyante sous la lumière variable. J’aime que ces grandes masses soient – de manière si rhétorique – de ce vert qu’on nomme céladon, celui des très fines céramiques d’Extrême-Orient.

Hazinelle serait donc extérieurement un grand navire amarré au Pont d’Avroy, le navire amiral de l’enseignement communal, et intérieurement un vase précieux. Filons encore un peu la métaphore : c’est sur les toits en terrasse, anciennes cours de récréation mais ils me font penser au pont d’un vieux paquebot, que l’association du vert et de l’ocre-jaune est la plus visible. Ce vert que j’ai dit céladon est aussi glauque, au sens originel du mot bien sûr, pas du tout péjoratif : vert un peu bleu, proche de la couleur de la mer. L’ocre jaune avec lequel il dialogue devient alors la couleur du sable. J’aime imaginer que l’architecte, en dessinant une école, rêvait de vacances à la mer…

Jean-Michel Sarlet
Professeur de photographie à l’ÉSAVL-ARBAL
Historien de l’art

Photographies

Les auteurs des photographies :

– 1 et 2 : Hugo Gucciardo
– 3 : Jean-Michel Sarlet (détail)
– 4 : Thomas Mancuso
– 5 : Margaux Blanchart
– 6. Jean-Michel Sarlet
– 7. Hugo Gucciardo
– 8. Noelia Curto
– 9. Yoko Martial
– 10. Margaux Blanchart

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