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Projet pédagogique et artistique


Projet pédagogique et artistique de l'École Supérieure des Arts de la Ville de Liège
- Académie Royale des Beaux-Arts de Liège

L’École Supérieure des Arts de la Ville de Liège – Académie Royale des Beaux-Arts de Liège se veut d’abord un lieu d’émulation où la liberté de pensée guide la recherche et la création de chacun, où l’accent est mis prioritairement sur la formation individuelle, où l’on parie sur l’intelligence artistique de l’étudiant.

Dans ce contexte, l’étudiant ayant pour objectif la formation à la création plastique choisit avec l’aide des professeurs l’option qui lui semble la plus propice à son épanouissement. Par ailleurs, il doit savoir que l’apprentissage technique, même si sa place est évidente, n’est pas une finalité au sens prioritaire de notre école mais un moyen parmi d’autres pour atteindre les objectifs que le binôme professeur-étudiant aura déterminés.

La formation artistique s’inscrit dans une définition citoyenne responsable. L’étudiant doit être conscient que l’artiste intervient sur le milieu. Les différents acteurs de notre école doivent mettre tout en place afin de permettre à l’étudiant, artiste en devenir, de découvrir qui il est, qui sont ses interlocuteurs et dans quel cadre se déroulera sa vie professionnelle.

Pour amener nos étudiants à la création artistique, il faut d’abord, nous semble-t-il, leur donner les moyens d’appréhender la société dans laquelle nous vivons, nous dialoguons et nous agissons.

Comprendre l’art en envisageant sereinement les propositions artistiques contemporaines mais aussi celles d’hier, assumer une propre démarche créatrice et les raisons d’un acte, appréhender l’homme et les évènements plutôt que de les subir, reconnaître l’autre dans sa différence, baliser les interrogations pour mieux y répondre, tels sont les souhaits de l’école pour la formation du futur artiste.

Penser la vie : parvenir à cette lucidité sur soi et le monde qui ne masque rien du négatif et l’accepte sans résignation. Penser la vie c’est surtout parvenir à vivre avec cette lucidité sur la vie.

Évelyne Buissière à propos de Friedrich Nietzsche

L’art ne peut se comprendre et s’accepter que s’il est replacé dans son contexte « historique », dans les conditions de son éclosion. Cette compréhension devrait entraîner de facto une création artistique réfléchie quel que soit le domaine envisagé.

Tenir compte de ce qui nous entoure – à tous niveaux – sans a priori et encore moins de rejets, en analysant tantôt nos attitudes tantôt celles de l’autre, sont autant d’éléments qui doivent nous permettre en qualité d’acteurs de l’art, d’avancer tout en nous remettant en question, que nous soyons étudiant, assistant ou professeur.

Aujourd’hui, la création artistique ne découle plus d’une volonté esthétique théorisant le beau, mais s’oriente vers la recherche du sublime déjà évoqué par Kant.

Dans notre école, nous parlerons plus aisément d’expression et de questionnement personnels. L’expression artistique d’un créateur est aussi, à notre avis, l’écho des changements environnementaux, voir sociétaux qu’il intègre.

Pour permettre à l’étudiant d’atteindre « l’état de création », un climat de confiance optimale doit régner au sein de l’établissement entre tous les acteurs sans distinction. Il est donc temps d’arrêter les conflits doctrinaires sur les différentes techniques artistiques qui seraient sensées privilégier l’épanouissement de l’art dit « contemporain » et qui auraient tendance à balayer le bon sens du savoir-faire. Envisageons plus humblement l’art « actuel » et rêvons celui de demain sereinement. Replaçons les diverses tendances dans leur contexte historique. Ignorons l’apologie et essayons de raison garder.

Chaque technique artistique à sa place dans l’évolution de l’art et de ce fait au sein de notre école, nous embrassons la plupart d’entre elles, de la peinture à la vidéographie en passant par la gravure, la sculpture, le dessin, la photographie, la scénographie, les arts graphiques (la publicité), la bande dessinée et l’illustration, en puisant dans les nouvelles technologies telles que les arts numériques et en veillant à instituer passerelles et enseignement transdisciplinaires. Toutes ces options sont soutenues par une réflexion philosophique de l’art, par une approche littéraire, par la connaissance de l’histoire de l’art et par l’apport de bien d’autres cours dits généraux. Par leurs interventions dans des domaines variés, les conférenciers apportent leurs expériences. Tout cela dans le but d’une réelle réflexion amenant à la transversalité qui est aujourd’hui un des moteurs de toute création artistique.

Le dessin occupe une place prépondérante, non pas uniquement comme soutien aux options, mais aussi comme nécessité à la formation personnelle « prélude à toute liberté future » ainsi que comme moyen de réflexion et d’expression à part entière.

Tous ces choix artistiques et lieux de réflexion ne servent en définitive qu’un seul objectif : faire de nos étudiants, dans leur espace artistique, des acteurs du progrès nécessaire à l’humanité.

Pour l’artiste de demain, qui est potentiellement celui que nous formons aujourd’hui, la création artistique sera le résultat d’une prise de conscience des rapports qu’il aura avec le monde, que ceux-ci lui soient supportables ou non.

Artistes, nos étudiants le seront peut-être. C’est évidemment notre souhait et nous leur communiquerons les outils nécessaires. Mais, au final, ce sont eux qui doivent savoir dès aujourd’hui ce qu’ils souhaitent devenir. L’école d’art n’est pas un passeport garantissant l’avenir mais un auxiliaire dans une réalisation qui reste avant tout une propriété strictement privée.

Acceptons l’idée que la vocation première d’une école d’art est avant tout de former des adultes responsables, critiques, tenant des positions et sachant les défendre en utilisant les moyens techniques adéquats pour exprimer leur pensée et agir.

En fait, nous tentons d’illustrer la réflexion de Kandinsky : La peinture est un art et l’art dans son ensemble n’est pas une création sans but qui s’écoule dans le vide, c’est une puissance dont le but doit être de développer et d’affiner l’âme humaine.

La création artistique doit être prise comme un acte de « communion », comme une tranche de vie, où des comportements essentiels et les idées fondamentales de notre société sont rendus visibles.

Pour autant notre École Supérieure des Arts avec ses professeurs, ses assistants, ses conférenciers et ses étudiants ne cherche pas à définir une vérité ou une morale. Elle prétend avancer sans l’entrave des certitudes qui trop souvent gêne la démarche artistique.

En conclusion, nous osons affirmer que l’École Supérieure des Arts de la Ville de Liège – Académie Royale des Beaux-Arts de Liège est un lieu d’enseignement, de réflexion, de remise en question, de rencontre et d’action où l’on ne craint pas de bousculer les soi-disant vérités plastiques.

Daniel SLUSE, 2008

Directeur

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