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Qualité

Démarche qualité et Enseignement artistique : analyse critique

Les arts sont régis en profondeur par un flot continu d’énergie,
ils ignorent les progrès par accumulation qui gouverne les sciences.
On n’y corrige pas d’erreurs, on n’y récuse pas de théorèmes.
Georges Steiner

Installée et imposée par décret, la démarche qualité fait partie intégrante de l’Enseignement supérieur artistique de la Communauté Française de Belgique et donc de L’École supérieure des arts de la Ville de Liège (ÉSAVL-ARBAL).

Cette démarche n’est pas anodine, elle suscite de façon récurrente des contestations ou oppositions parfois vives, elle engendre un malaise : la profession d’enseignant en école d’art devrait prendre et singer la forme d’un référentiel, d’un gabarit où l’enseignant ne se reconnaîtrait que très partiellement. Elle engendre, pour certains, la crainte, la culpabilité, la dépossession d’une part essentielle de leurs aspirations tant artistiques que pédagogiques. Il faut noter que ce malaise est moindre pour les domaines économiques et industriels et qu’il croît progressivement lorsque cette démarche s’impose aux institutions administratives, médicales et sociales, et qu’il atteint son paroxysme lorsqu’elle s’applique à l’enseignement des sciences humaines et à l’enseignement artistique.

Management, normalisation, formatage, référentiel, analyse SWOT : voilà bien des notions parmi d’autres qui ont été, tout au long de notre histoire, en grande délicatesse avec les aspirations propres à l’art et à sa pédagogie. L’art, en tant que reflet de société contemporaine dans toute sa complexité évolutive et souvent paradoxale, ne peut que perdre l’essentiel en se réduisant à sa propre normalisation, en se complaisant dans l’archivage managérial d’unités d’enseignement réduites à leurs seuls aspects pragmatiques et probants.
Lorsque vous avancez de telles réserves ou critiques, vous n’êtes pas encore tout à fait criminalisé, mais vous êtes suspect ou directement coupable de couvrir l’inertie, la paresse, le manque d’exigence : vous êtes opposé à la qualité ! D’autres avant nous ont pourtant démontré le fossé existant dans certains domaines entre démarche-qualité et démarche et recherche de la qualité.
En lisant ces lignes, bien des collègues se sentiront réconfortés, compris. Sentiment de courte durée, car nous serons tous ramenés rapidement à la réalité du dictat de cette injonction de plus en plus fréquente : “Il faut jouer le jeu, on risque gros”. La résignation sera donc de mise, en laissant notre sort à la faculté de soigner notre image supposée désirée, à nos qualités gestionnaires apparentes, en fournissant matière à remplir un canevas de notions formatées garantissant notre statut de premier de classe. En effet, la démarche qualité s’avance comme neutre, elle nie son origine et son caractère forcément idéologique, et ceci fait et admis, elle exige l’adhésion de tous. Principe qui deviendrait presque drôle, lorsqu’on relit la deuxième des quatorze missions de l’Agent qualité définies par décret : “susciter l’implication et la participation des parties prenantes en instaurant le climat de confiance nécessaire au bon fonctionnement de la démarche d’évaluation ; et atténuer les résistances/tensions…”
Allant dans ce sens, les articles critiques de Catherine Grandjean (1) (“HYPERLINK “http://www.oedipe.org/actualites/lademarchequalite” Une approche critique de la démarche qualité dans les institutions sanitaires, sociales et médico-sociales”) et d’Olivier Filhol (2) (“La démarche qualité : cette douce tyrannie de la transparence”) sont presque en tous points transposables au domaine de l’enseignement artistique et offrent une analyse plus détaillée que ce texte synthétique ne peut faire.

De nombreux et récurrents débats riches et constructifs abordant ce sujet ont eu lieu, mais ils sont restés sans suite, toujours à recommencer. Il nous apparaît essentiel aujourd’hui de développer et d’argumenter les points qui interrogent cette démarche controversée. L’objet de cette recherche n’est pas de tourner le dos à tout contrôle, à toute évaluation et à la recherche d’excellence, bien au contraire, mais de recadrer ou décadrer cette démarche qui vise à nous encadrer.
Réorienter et se réapproprier une démarche volontariste et positive, définir et communiquer simplement ce qui nous semble acquis et essentiel, comme ce qui peut ou doit être amélioré, n’invalide pas la mission des experts externes ou le travail centralisateur de l’agent qualité.
Relancer ce débat de façon constructive est le seul chemin permettant d’éviter la soumission consentie ou résignée à une logique que nous jugeons inappropriée.

André Delalleau


(1) Catherine Grandjean : “HYPERLINK “http://www.oedipe.org/actualites/lademarchequalite”Une approche critique de la démarche qualité dans les institutions sanitaires, sociales et médico-sociales“.
HYPERLINK “http://www.oedipe.org/actualites/lademarchequalite”www.oedipe.org/actualites/lademarchequalite

(2) Olivier FILHOL : “La démarche qualité : cette douce tyrannie de la transparence”.
Sociologue ERASME (Étude Recherche Action Sur le Milieu Educatif)
HYPERLINK “http://www.psychasoc.com/Textes/La-demarche-qualite-cette-douce-tyrannie-de-la-transparence”www.psychasoc.com/Textes/La-demarche-qualite-cette-douce-tyrannie-de-la-transparence